Vigi4MED (Vigilance dans les forums sur le médicament)

 

Des études ont montré que les déclarations des patients aux agences réglementaires sur le médicament peuvent être de qualité similaire à celle des professionnels de santé, et il semblerait que les patients sont plus susceptibles de déclarer spontanément des réactions indésirables aux médicaments que les professionnels de santé. Ces dernières années, les applications de type réseau social en ligne sont devenues très populaires à l'ère du Web 2.0, en permettant aux utilisateurs de communiquer, interagir et partager dans le monde entier. L’hypothèse du projet Vigi4MED (Vigilance dans les forums sur le médicament) est que les commentaires des patients sur les effets indésirables susceptibles d’être liés aux médicaments rapportés dans les réseaux sociaux constituent une source complémentaire pour améliorer nos connaissances en pharmacovigilance. Les quelques études décrites dans la littérature montrent qu’on peut retrouver de façon rétrospective des effets indésirables des médicaments mais ne permettent pas de conclure sur l’intérêt des réseaux sociaux dans le cadre des processus de pharmacovigilance. Le projet Vigi4MED vise à combler ce manque. Ce projet s’inscrit dans les mesures de renforcement de la surveillance des produits de santé et s’adresse plus particulièrement à la détection des signaux faibles.

 

L’objectif de ce projet est l’utilisation des messages des patients à partir des réseaux sociaux comme source d’information sur la tolérance et l’utilisation des médicaments. Les messages seront évalués du point de vue de leur intérêt potentiel (caractère inattendu et grave de l’effet indésirable) et de leur qualité (présence d’informations en nombre suffisant pour permettre une imputabilité satisfaisante des cas rapportés sur Internet). Il convient de vérifier la vraisemblance de l’effet indésirable en tenant compte du langage des patients qui peut différer par certains aspects du langage médical, et que le même effet indésirable n’est pas décrit sur plusieurs sites différents.

 

L’évaluation du processus mis en place sera faite (1) de façon rétrospective sur des médicaments retirés du marché, en vérifiant si des patients avaient rédigé des commentaires avant la décision de retrait et l’éventuelle médiatisation de ce retrait, et (2) de façon prospective de façon à identifier des médicaments nouveaux susceptibles de présenter des effets indésirables graves et inattendus, non observés durant les essais cliniques du fait de leur rareté.


Cinq partenaires spécialisés en informatique médicale, traitement automatique du langage et web sémantique (DSPIM-Saint Etienne, INSERM U872 Eq 20 et Eq 22, LIMSI CNRS et ISCOD École des Mines de Saint Étienne) mettent en place l’infrastructure technique qui permet de retrouver, filtrer et analyser les commentaires des patients sur Internet. Les effets indésirables graves et inattendus observés et imputables à des médicaments présents dans une liste établie dans ce projet seront analysés et rapportés à l’ANSM par les deux centres régionaux de pharmacovigilance partenaires du projet (Hôpital européen Georges Pompidou et CHU de Saint Etienne). La possibilité d’utiliser les réseaux sociaux comme source d’information complémentaire pour la pharmacovigilance étant actuellement peu évaluée, ce projet permettra à l’ANSM de mesurer les bénéfices attendus et les coûts associés d’une recherche proactive des signaux sur Internet. Les partenaires produiront des recommandations concernant les usages des commentaires des patients dans les forums. La mise en place d’un processus de surveillance complémentaire pour la pharmacovigilance permettra de renforcer la place du patient dans le système de santé.